Le w-e passé a marqué la fin officiel de la majeure partie de ma mission sur place, à savoir les cours de français des propédeutiques pour la préparation de leur examen d’entrée au grand séminaire d’Antsirabe. En effet, l’examen a eu lieu vendredi après-midi sur base d’un texte de 1793 parlant de « L’égalité d’instruction ». Personnellement, ayant lu le texte, je ne l’ai pas trouvé spécialement facile, surtout que certaines tournures de phrase utilisaient un vocabulaire totalement désuet. Dans des questions annexes, sans dictionnaire, on leur demandait par exemple de donner l’antonyme du mot « chimérique »… Personnellement, ce n’est pas un vocabulaire que j’utilise tous les jours… Bref, je suis resté dubitatif quand à l’intérêt de certaines questions pour estimer leur niveau de français courant. Bien que j’ai eu quelques craintes pendant l’examen, je pense qu’ils ne s’en sont finalement pas trop mal sorti. En attendant les résultats d’Antsirabe, je peux aujourd’hui dormir l’esprit en paix par le sentiment du devoir accompli ;-)
Le lendemain, pour fêter la fin de leur examen, je les ai invité à voir tous ensemble le concert du groupe « Ny Ainga » qui se produisait en ville. Groupe formé par un ex-séminariste d’Ambatondrazaka (comme quoi la vocation mène à tous ;-)), il proposait une musique assez country à la sauce malagasy vraiment sympa. Malheureusement, à peine sur place depuis une demi-heure, coup de téléphone du recteur me demandant de renvoyer dard dard les propédeutiques à la prière plutôt que de leur faire voir le concert, ordre de l’évêque. Sur le moment même (et encore maintenant), j’ai râlé. Non seulement, je ne comprenais pas cette décision alors que les autres années, c’est arrivée que le vicaire général leur offre lui-même l’entrée, mais surtout on me prévenait quand on était déjà sur place alors qu’on en avait parlé lors du repas ! Bref, immense déception, mais il a bien fallu s’exécuter.
Ce petit séjour dans la capital fut pour moi l’occasion de dire au revoir au premier coopérant (Xavier) qui repartait hier matin en direction de Paris. A discuter avec lui, j’ai pu me rendre compte à quel point on a ressenti ce pays différemment. Sans doute, nos missions, bien que similaire (enseignement), abordaient des réalités vraiment à part.
Père Pedro, le pendant masculin de Soeur Emmanuelle à Madagascar
Tout comme il y a un mois, j’aimerais vous partager aujourd’hui le fil de mes pensées de ces 30 derniers jours. L’interview vidéo de sœur Emmanuelle faisant une rétrospective de sa vie au Caire est je pense un très bonne approche de la prise de conscience de ce que j’ai faite ici.
« Je suis une révoltée de naissance, Il y a quand même trop d’injustice sur terre! […] Ce qui m’a toujours révolté, c’est cette inégalité incroyable de chance entre les bébés qui viennent sur terre. Entre l’abîme qui se creuse entre les peuples nantis et les autres. C’est une injustice incroyable ! Comment ça ne peut pas vous révolter jusque dans le plus profond de votre être ! »
Et bien ce cri du cœur c’est exactement ce que je ressens ici. Face à tant d’injustice, de pauvreté et d’oppression, je ne peux rentrer en Europe et faire comme si je n’avais rien vu. Durant mes secondaires, un prof de religion avait dit ceci: « Vous ne devez pas vous en vouloir d’être né ici, plutôt que là. Mais vous n’en devez pas pour autant vous en gonfler d’orgueil. » Aujourd’hui, je pense que si en effet, on a pas choisi et on est pas responsable d’être né « riche », on a par contre cette responsabilité de venir en aide à ceux pour qui la vie n’a pas été aussi favorable. Toute richesse qu’on accumule en Occident, se fait quoi qu’on en pense, d’une façon ou d’une autre, au détriment du reste du monde.
Que ce soit dans notre travail, dans notre consommation, dans nos choix et nos responsabilités sociétales, en fait, dans notre vie de tous les jours, toute action en Europe a une répercussion positive ou négative dans les pays exploités. J’ai acquis la ferme conviction au cours de ces mois que la politique ne comblera jamais le fossé et les inégalités dans le monde. On peut donner tout l’argent de la terre à une cause, si personne n’est là pour accompagner, écouter, s’engager, cela ne sert à rien. C’est de la poudre aux yeux. On peut se vanter haut et fort que l’Europe est l’un des plus grands pourvoyeurs de fond en aide humanitaire et au développement, cela n’en demeure pas moins qu’une tentative de rédemption et de bonne conscience face à l’oppression qu’on exerce d’autre part. Non, l’Europe n’est pas meilleurs que les Etats-Unis ou
Mais alors, que faire ? Je dois avouer que je n’ai pas encore trouvé la réponse sur la suite de mon aventure sitôt le départ de Mada. Des pistes, j’en ai beaucoup en tête, mais ce sont des choix qui doivent être discutés et pesés. Je crois en effet que les coups de tête sont les ennemis du bien. En attendant, la vision que j’ai actuellement de ma chambre à la maison me de Tana résume parfaitement le dégoût que j’ai de la situation : alors que je dors dans un lit chaud et que je mange à ma faim, juste trois mètres sous moi, une famille dort sur des cartons et vit dans les poubelles…

Désolé pour les problèmes de police, mais le serveur du blog bug, malgré tout mes efforts de mise en page.
RépondreSupprimerCher Damien,
RépondreSupprimerje ne sais pas si cette fois ci le commentaire te parviendra... Un peu comme les précédents, il sera court. Je veux juste te dire: on tend l'oreile, on écoute - et si ton expérience, tu l'
as vécue un peu comme une série de coups de poing à l'estomac, eh bien, de notre côté, on fait et on fera ce qu'on peut pour qu'ils nous atteignent aussi... Mais surtout on espère que tu vas recevoir une autre mission sur Tana !
On t'embrasse, et on est avec toi
Guillaume
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RépondreSupprimerben et alors Mr "je vais me tourner les pouces pendant 2mois", qu'est-ce que tu fabriques? on attend ton compte-rendu de vacances hein! ;) (euh t'es pas obligé de le publier ce message là...)
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