jeudi 3 décembre 2009

2 mois et demi

Encore une semaine, et les examens se profileront pour les séminaristes. Le temps passe vraiment vite et dans 12 jours, ça fera déjà trois mois que je suis ici. Que de choses découvertes depuis lors. Quand je repense aux mois précédents mon départ, j’ai l’impression que j’ai quitté Louvain il y a un siècle, que le mois de juillet et d’août remontent à trois ans, que la Belgique se trouve dans une toute autre dimension. Quand je regarde ces deux mois et demi passé, j’ai l’impression à la fois de vivre ici quelque chose de fondamentale dans mon rapport avec les autres et avec ce qui m’entoure que je n’avais pas avant, et à la fois que je suis et reste profondément attaché à mon Europe, à ma Belgique. Je veux dire par là, que je goûte vraiment ici une merveilleuse façon de vivre la vie, mais qu’à la fois, ma mentalité occidentale fait que je ne peux m’empêcher de voir tous le drame et les carences de ce pays, de ce peuple. Et cela, ça me révolte. On a envie de faire bouger les choses, or, cette façon d’agir reste profondément occidentale. Il y a ici comme une certaine acceptation (je pourrais utiliser le mot fatalisme, mais je ne vois pas cela comme quelque chose de totalement négatif) face aux difficultés de la vie. Je parlais de leur relation avec la mort la semaine passé que je trouve assez juste, mais on la retrouve dans tous les domaines de la vie dont ils ne peuvent avoir un contrôle total dessus : la pauvreté, l’écologie, la politique, … il n’existe en fait pas de conscience du bien commun. Le cercle de la conscience de l’autre s’arrête à la famille, voir à celui du village. En dehors, on ne sait et on ne veut pas interférer. Par exemple, question politique, il n’y a pas vraiment de conscience du mot démocratie dans le sens où le pouvoir appartient au peuple. On reste fort dans la mentalité du roi qui dirige tous le pays. Ainsi, dans la tête des gens, les problèmes du pays ne sont pas affaire du peuple, mais du « roi » qui doit faire ce qu’il faut pour que le pays se porte bien. On voit les ravages de la déforestation, ce n’est pas la faute du peuple, mais celui du président qui ne fait rien pour agir. On voit les problèmes de pollution, ce n’est pas la faute du peuple mais de nouveau de l’Etat qui ne fait rien. L’exploitation du pays par les puissances occidentales et Asiatique, ce n’est pas le problème du peuple mais du gouvernement. Il y a en fait que très peu d’esprit citoyen et les politiques (et les puissances étrangères) en profitent pour mettre à sac le pays en toute impunité et s’en mettre plein les poches. En fait, le véritable problème du pays, est un problème d’éducation dans tous les sens du terme. Il n’existe aucun esprit critique et encore moins d’esprit de contestation (l’importance de l’harmonie (j’en parlerai une autre fois)) Ici, on accepte les choses et on fait avec. Ainsi, j’essaye le plus possible dans mes cours, à leur apprendre à avoir un esprit critique et c’est loin d’être toujours facile. Quand je prends un article de journal, souvent les élèves sont d’accord avec ce qui est dit sans se poser de questions. Ce n’est pas vraiment de leur faute car en fait, c’est tout leur environnement qui pousse en ce sens. La méthode éducative du pays en est le meilleur exemple. Un bon cours pour eux est un cours où ils peuvent gratter de la matière, enregistrer tout cela, et recracher sans devoir réfléchir. La réflexion personnelle, devoir donner un avis, n’est pas toujours chose aisée.


Il ne faut cependant pas voir en ce post une certaine désillusion. Souvent, j’écris sur des choses qui m’interpellent et évidemment, ce sont celle qui me dérange. Certains qui lisent mes post peuvent peut-être croire que je suis déçu du pays mais en fait, que du contraire. Madagascar est pour moi un pays vraiment magnifique et c’est un véritable bonheur d’être ici. Un pays où l’on apprend beaucoup d’eux et où l’on se remet également beaucoup en question. Cependant, malgré tout ce que je reçois, je ne peux m’empêcher de garder mon esprit d’occidental. Face à toutes les richesses dont cette île regorge, la misère des gens reste pour moi un véritable scandale.

2 commentaires:

  1. Joli petit article qui me rappelle bien des souvenirs! Je vois que Madagascar commence à faire son oeuvre en toi.
    Je viens de déjeuner avec Monseigneur Antoine qui est à Paris jusqu'à demain, un vrai bonheur de le retrouver.

    Barth

    RépondreSupprimer
  2. De la désillusion? Non, du réalisme, entre empathie et tristesse pour ce peuple oh combien différent de notre petite Belgique.
    Très bien écrit et oh combien vrai!

    RépondreSupprimer